Comprendre et évaluer l’innovation sociale

Barbara Szijarto, Kate Svenson and Peter Melley

[Caption]

Pour s’attaquer aux problèmes et besoins sociaux, l’innovation sociale attire beaucoup l’attention ces derniers temps. Mais, est-ce que ça fonctionne ? Comment le savoir ?

Ces questions évaluatives sont à l’origine de récentes recherches effectuées par des professeurs en éducation avec l’aide de Peter Milley et Brad Cousins, chercheurs principaux du CRSEC et les candidates au doctorat Barbara Szijarto et Kate Svensson. Leurs conclusions ont été présentées lors de deux conférences internationales l’automne dernier, ainsi qu’à un colloque organisé par le CRSEC le 20 janvier 2017.

« Les innovations sociales apparaissent lorsque des gens de différents secteurs, aux parcours variés, se réunissent pour trouver ensemble des solutions », affirme Milley. Les gouvernements, les philanthropes, les prestataires de services sociaux et les entrepreneurs ont tous investi temps, énergie et ressources pour stimuler l’innovation sociale parce qu’ils croient que les procédés souples et collaboratifs de celle-ci conviennent bien à la résolution de problèmes sociaux complexes.

Selon Milley et ses collègues, les évaluateurs ont activement expérimenté avec les paramètres et les méthodes des études pour aider les donateurs et les innovateurs à comprendre si l’innovation fonctionne et comment elle fonctionne. Les efforts des évaluateurs signifient que la pratique a pris le pas sur la recherche en ce qui concerne l’évaluation de ce nouveau domaine.

« Nous voulions apporter une contribution en faisant le point sur les leçons apprises », raconte Milley. « Nous avons donc fait un examen systématique des études empiriques sur les évaluations effectuées dans un contexte d’innovation sociale. Nous avons examiné quelles pratiques d’évaluation étaient utilisées, ce qui influençait ces pratiques, et comment celles-ci influençaient l’innovation. »

Leur étude a révélé que les évaluateurs avaient tendance à utiliser des approches développementales et collaboratives qui accordent la priorité à l’apprentissage auprès des communautés de donateurs et d’innovateurs.

Pratiques d’évaluation similaires utilisées dans des contextes différents d’innovations sociales (IS) :

Malgré les variations en IS, il y a peu de diversité d’approches en évaluation (p.ex. il n’y a pas d’approches théoriques pour les programmes et seulement une en conception expérimentale). La majorité est de nature collaborative et porte sur l’évaluation développementale. Ceci suggère que les approches répondent aux besoins des intervenants, mais soulève aussi des questions sur l’absence de bases de connaissance empiriques - évaluées par des pairs - concernant les autres approches connues et utilisées en contexte d’IS..

La complexité impose la collaboration :

L’échantillon a fourni un riche portrait d’une collaboration multisectorielle qui engendrait, semble-t-il, des tensions et des conflits. Ceci pourrait expliquer pourquoi les évaluateurs se sont tournés vers des approches fondées sur la complexité. Celles-ci permettaient la délibération, la négociation et l’apprentissage. Ces approches sont cohérentes avec les lignes directrices sur le travail lié aux questions difficiles à résoudre dans les contextes caractérisés par la complexité sociale.

La collaboration peut mener au conflit :

Bien que la collaboration interdisciplinaire et l’incertitude inhérente associée aux procédés de L’IS puissent contribuer au conflit, l’usage d’approches d’évaluations flexibles et émergentes, comme l’évaluation développementale, peut également créer un stress pour certains acteurs si elles ne sont pas mises en œuvre judicieusement.

L’équilibre entre l’apprentissage et l’obligation de rendre des comptes :

Les données de notre échantillon révèlent qu’un nombre surprenant de donateurs étaient prêts à accorder la priorité à l’apprentissage sur la reddition de compte. Voici un contrepoids aux critiques souvent entendues voulant que les donateurs aient tendance à mettre l’accent sur les impacts et les résultats au détriment de l’innovation, c’est-à-dire qu’ils s’attendent à des résultats immédiats.

Atténuation des influences - le temps, le choix du moment, la capacité et les relations :

Des adaptations efficaces aux méthodes d’évaluation surviennent parfois après que les équipes d’évaluation aient appris de leurs erreurs, et que les acteurs de l’IS aient appris à travailler avec les évaluateurs. De solides relations, des contributions opportunes et pertinentes et un engagement à long terme semblent contribuer à ce que l’évaluation influence positivement le processus d’IS.

Faire le lien entre les « discussions » :

Cet étude a tiré profit d’une « discussion » au sein d’une communauté de chercheurs et de praticiens. Cette discussion portait sur les pratiques d’évaluation — associées à l’IS — telles que financées par les fonds publics ou les donateurs privés. Ailleurs, il y a des « discussions » au sujet d’initiatives financées par des fonds privés (p.ex., les entreprises sociales), publiées par l’entremise de véhicules différents et dans une langue autre que l’anglais.

À la recherche de la clarté conceptuelle :

De nombreux acteurs ont réussi à définir l’IS et à décrire ses procédés. Nous encourageons les évaluateurs, qui œuvrent dans un contexte d’IS, à demeurer au fait de ces développements conceptuels. Des concepts erronés sur l’IS peuvent mener à une mauvaise application des approches d’évaluation.

Renforcement des capacités :

Les évaluateurs qui travaillent dans un contexte d’IS, doivent maitriser les approches d’évaluation conventionnelles et non conventionnelles. Ils doivent également être en mesure de conjuguer les méthodes, les outils et les techniques. Enfin, la capacité de favoriser de bonnes relations entre les acteurs est importante dans un contexte d’IS.

Réaliser d’autres recherches :

Il faut plus de recherches empiriques, évaluées par des pairs, concernant les pratiques d’évaluation utilisées en contexte d’IS. Il est également nécessaire que ces recherches soient fondées sur un échantillon plus varié de concepts d’études. Tout en considérant les facteurs atténuants dont nous avons discuté précédemment, nous encourageons la recherche sur l’influence qu’ont les pratiques en évaluation sur le temps, l’espace et l’envergure des procédés de l’IS.

Pour plus d’information sur nos conclusions, vous pouvez trouver notre article ici (en anglais seulement).

Haut de page